l'humanité est touchée par ce fléau que l'on nomme cancer. Ce mot qui fait peur, mot qui tant que l'on est pas touché, nous essayons de laisser loin de nos pensées. Pourquoi ce nom, Antidote, parce qu'aujourd'hui, je fais partie, de ces hommes et de ces femmes qui réalisent tout ce que cela implique, ce bouleversement majeur de sa vie. Sa vie ... elle ne tient qu'à un fil, l'espoir que la science à les outils qui vont te sauver. Alors Antidote pour essayer pour partager, échanger, se renseigner, exorciser sa peur , espérer... l'écriture pour aider.

5 févr. 2016

Envisager sa propre mort pour vivre


Je vais traiter d'un sujet qui dérange; Mes questionnements sur la peur et l'angoisse vont me mener au sujet de la mort. comment modifier sa perception de la mort.

Le jour ou l'on vous annonce que vous avez un cancer, de plus métastasé, vous ne contrôlez plus vos émotions, vous êtes tétanisés. C’est-à-dire que vous avez beau essayer de vous rassurer par rapport à la situation, rien n'y fait. Votre cerveau prend le pouvoir, et vous fait appréhender la situation comme dangereuse . Il aggrave votre perception, et plus vous essayez de contrôler la situation, moins vous la contrôlez, et plus vous êtes confronté à votre perte de maitrise des évènements. Donc, plus mal vous réagissez par rapport aux informations que vous donne votre cerveau, plus votre cerveau accroît l’intensité de vos émotions. La première réaction est de se dire que tout est perdu. Vous vous sentez atteint d'une pathologie incurable. Deux choix s’offrent à vous, se battre, ou lâcher-prise.

En un premier temps, j'ai écouté cette peur, d'une manière nocive. Je m'enferme dans des solutions alternatives comme l'idée d'éviter des examens, des souffrances. Mon monde vient de s'écrouler, alors le lâcher-prise est la meilleure solution. En prenant cette voie, les conséquences peuvent se traduire par une dégradation totale de vos problèmes, voire la mort. Mais cela ne dure qu'un instant, car le médecin prend des décisions à votre place. Vous vous laissez emporter par le tourbillon. Les examens s'enchainent, tout est confirmé. Ce choix d’abandon n'est que temporaire, on réalise très vite que l’on est au milieu d’un combat, malgré soi, et que l’on parle de votre vie! Donc logiquement, on choisit de tenter sa chance. La peur est toujours ce qui vous domine. Mais désormais, vous avez compris que votre cerveau aggrave vos émotions quand vous les refusez. Vous comprenez combien il est important d’accepter vos émotions pour ce qu’elles sont. Elles font de vous un être humain.

En deuxième temps, vous attendez la rencontre avec le cancérologue. Domine l'angoisse, l'incertitude sur votre avenir. Les questions fusent dans votre esprit. Il arrive à chacun d'avoir peur, nous avons tous déjà été anxieux, nous savons donc tous de quoi on parle quand il est question de peur ou d'anxiété. Vous essayez de contrôler le flot de votre angoisse. Vous imaginez des choses qui vous inquiètent et, dans le même temps, vous essayez de contrôler votre peur… plus vous souffrez, moins vous trouvez de solutions à votre problème alors que, paradoxalement, c’est précisément ce que vous souhaitez. Ce temps d'attente, d’anxiété, je l'ai utilisé pour prendre de la distance. Quand vous êtes confronté à votre angoisse, et que vous en avez conscience, ce qu’il est important de faire, c’est de s’arrêter. Cesser d’imaginer la façon dont vous pourriez traverser votre émotion sans encombre. La plus grande des difficultés c’est d’objectiver. Plutôt que de lutter contre l'angoisse, il faut l’accepter. Essayer de se convaincre qu’il est normal d'avoir peur, de ressentir cette angoisse, que vous avez toutes les peines du monde à contrôler. Moins vous allez accepter et exprimer vos émotions, plus elles vont se superposer, et finir par devenir insupportables. À partir de là, ce que je me suis appliqué à faire, c’est plutôt que de les tourner les questions dans ma tête en essayant de trouver des réponses qui me sécurisent, c’est d’écrire. Je me suis motivé à écrire tout ce qui se passe en termes de questions-réponses , ce qui a par la suite donné naissance à ce blog. Parler, écrire, témoigner permet de se libérer et d’être en paix avec soi-même.

La première question a porté sur la mort. La mort n'est pas un sujet auquel nous pensons volontiers. La plupart du temps, nous avons tendance à faire comme si cette réalité n'existait pas ou ne nous concernait pas. C'était mon cas. Mais il nous arrive tous, de temps en temps, de nous faire rattraper par cette question. Les événements de notre vie se chargent de nous la rappeler. La mort d'un être cher, une maladie grave , vient nous rappeler que nous pouvons mourir à tout moment, que notre vie pourrait être radicalement écourtée ou soudainement changée de façon drastique.

D'où vient cette peur de mourir? Elle m'empêche de vivre sereinement. La cause, surement la plus courante, est la peur de l'inconnu. Mais finalement, la mort n'est-elle pas un fantasme, une idée ? Il est impossible d'avoir peur de la mort en elle-même : elle nous est inconnue, sans aucun point de référence ou de comparaison. Mais ne pas savoir, en revanche, peut être une souffrance. Le propre de la vie est pourtant de se diriger vers la fin ! La mort m'amènera-t-elle vers le néant ou bien au seuil d'un autre monde ? Pourquoi devient-elle une angoisse permanente ?

Chacun de nous aborde l'idée de la mort selon son vécu propre, ses convictions et croyances, mais aussi sa façon de canaliser la peur face à ce phénomène. La mort a cessé d’être un accident pour entrer dans mon quotidien. C’est la mort des autres qui généralement nous fait prendre conscience de notre mortelle condition. Moi aussi, je vais mourir...

Et vous, comment appréhendez-vous la mort ?

La pensée de la mort m'accompagne jour après jour, jusqu'à devenir une peur de vivre… Est-ce que je souhaite voir mon quotidien géré par mes angoisses? Avec des conséquences qui vont inévitablement déteindre sur mon sommeil, mon moral et mes relations sociales ? Est-ce que je commence dès aujourd’hui à me laisser dépérir, à refouler tout désir ? Le cancer est porteur de morts. Son image porte la mort . Il fait peur parce qu’il n’avertit pas et quand on le découvre il est toujours tard, parfois trop tard. Son cheminement. Malgré les progrès récents est incertain. Chacun de nous court le risque d’être attaqué demain et l’est peut être déjà depuis hier.

La consultation de cancérologie est très particulière. On voit des gens arrachés à leur routine, à leurs espoirs par cette maladie. Ils se sentent piégés, ils se débattent: déni, refus de soin, volonté de lutter, colère, désespoir. Une fois la consultation lancée, c'est l’attente anxieuse des résultats. Chaque mot doit être pesé. Où en est la tumeur ? Quels effets attendus des médicaments? Peut-être la tumeur a-t-elle un peu diminué? L’espoir renaît. Et puis les symptômes? Sont-ils dus à la maladie ou aux médicaments. La deuxième explication, plus apaisante, est généralement choisie.

Mes décisions sont prises, mes priorités changent alors. Je donne plus d'importance à ce qui me semble essentiel. Ma famille, les satisfactions, importantes pour mon bonheur, le plaisir que je prends à vivre, etc..
Il s'agit d'un étrange paradoxe. Lorsque nous parvenons à oublier que notre vie est limitée dans le temps, nous devenons moins vivants, alors que nous le devenons davantage lorsque nous sommes conscients de la mort qui nous attend.

Lorsque des accidents de parcours nous forcent à considérer notre mort comme une réalité importante, il se produit un phénomène étrange, nous devenons plus intensément vivants et plus sensibles à ce qui est le plus important dans notre vie. Pour ne plus avoir peur de la mort, il faut l'accepter dans la vie. La vie sans la mort sa n'existe pas et vice versa. Un des paradoxes les plus troublants et révoltant de notre existence est que nous recevons une seule vie dont la durée est limitée, mais inconnue et dont la fin est irrémédiable et définitive. La vie est un cadeau que l'on finit par nous retirer!

À ce jour, je ne suis pas réconcilié avec la mort…non. j'ai une certaine façon de l'accepter, de vivre avec. Je ne peux la regarder en face. Mais je peux la regarder différemment . Je crois que cesser d’occulter la mort implique non pas qu’on se réconcilie avec elle, mais dialoguer avec, l'apprivoiser. Éviter que la peur de mourir devienne pathologique au point ...d'empêcher de vivre. Alors cette vie j'ai décidé de la défendre, en faisant confiance à la science, aux spécialistes et en moi même, j'ai décidé d'être acteur, participer à mon désir de guérison, garder la tête haute, entretenir mon moral. La mort est toujours présente dans mon esprit, mais elle n'est plus ma principale préoccupation. Aujourd’hui, c'est lutter et ne pas oublier de vivre chaque moment de répit. En cela je remercie aussi ma famille, mes amis, tous ceux qui prennent des nouvelles et me soutiennent. Je comprends aussi ceux qui se sentent peut-être en difficulté d'affronter mon état, mes paroles, mes regards, ce que renvoie ma maladie ... qu'ils sachent que je n'ai aucune rancœur, chacun fait avec son vécu, ses émotions ...