l'humanité est touchée par ce fléau que l'on nomme cancer. Ce mot qui fait peur, mot qui tant que l'on est pas touché, nous essayons de laisser loin de nos pensées. Pourquoi ce nom, Antidote, parce qu'aujourd'hui, je fais partie, de ces hommes et de ces femmes qui réalisent tout ce que cela implique, ce bouleversement majeur de sa vie. Sa vie ... elle ne tient qu'à un fil, l'espoir que la science à les outils qui vont te sauver. Alors Antidote pour essayer pour partager, échanger, se renseigner, exorciser sa peur , espérer... l'écriture pour aider.

25 mars 2017

Ce geste allait définitivement tout changer




Ce fut le jour le plus étrange de ma vie, ce jour de novembre 2015 ou j'ai poussé la porte du cabinet médical, sans savoir que ce geste allait définitivement tout changer. Toutes mes belles certitudes envolées, tous mes projets stoppés en plein vol. Ce temps qui passe et qui n'a plus la même valeur. Ce temps à réinventer, à apprivoiser, à imaginer... ce temps qui est compté.

Je regarde ma chevelure emplir la bonde de la douche, j'avais espéré, mais je me suis trompé. Mes cheveux s'échappent par poignées, le phénomène s'est accéléré, une nouvelle modification de mon image est en route.

Mais je n'ai pas le temps de me préoccuper de cela. 21 jours se sont écoulés et je suis attendu pour une nouvelle séance de chimiothérapie.

Mon bilan sanguin est tout juste correct, mais suffisant pour accéder au numéro 8. L'oncologue est plus préoccupé par mon descriptif de ces dernières semaines. Il propose de réduire les doses et de passer à une séance chaque quinze jours. Cela ne m'emballe pas, mais il insiste, me disant que l'on pourra toujours revenir à une autre fréquence. J'accepte le deal.

Ce qui m'inquiète le plus, c'est mon capital veineux. Qui dit séances plus rapprochées, dit plus de sollicitations pour mes veines entre les bilans et la chimio. Je n'ai pas de chambre implantable et ne suis pas prêt à l'accepter. Je suis conscient du confort que cela peut amener, mais je redoute le miroir qui va me renvoyer cette image d'un corps étranger fixé à ma personne, me rappelant un peu plus mon état. Pourtant...

Je suis entre les mains de l'infirmière la plus expérimentée du service. J'ai confiance en elle, elle qui prend systématiquement en charge les malades non équipés de chambre implantable. Elle a le geste sur et le regard acéré. Mais aujourd'hui, rien ne va plus. Elle sent la veine, mais n'arrive pas à l'accrocher. Elle décide de changer de bras. Même problème.

Elle commence à me parler d'envisager une chambre implantable, car le taxotère détruit mes veines et cela devient très compliqué. Je vais avoir un gros travail à faire sur moi même pour accepter l'inacceptable.

Elle trouve le chemin après une longue séance qui me donne des vapeurs! Direction la salle Pomerol ( encore)  elles ne sont que deux à gérer tout le service. Elles passent leur temps à courir, appuyées par une jeune étudiante qu'elles ont cantonnée à une tache de surveillance, n'ayant manifestement pas le temps de la prendre en charge.

La séance se déroule classiquement. Il n’en est pas de même pour moi. Je me sens contrarié, agité, impatient. Cela me paraît interminable. Je sors de l'hôpital dans le même état. Il faut dire que depuis la récidive de mon cancer, le moral est très fluctuant. Je me sens animé par de la colère; je ne supporte pas bien mes modifications corporelles. Mon esprit me joue des tours!

Ces dernières semaines, plusieurs de mes frères de combat ont vu leurs difficultés augmenter. Même si je ne connais pas bien ces hommes, j'ai de l'estime pour eux et  je suis chaque fois profondément touché, mes yeux se brouillent à l'annonce de chaque mauvaise nouvelle. Je ressens  une colère grandissante face à cette maladie, ainsi qu'un énorme sentiment d'impuissance.

J'ai lancé un appel au secours à ma coiffeuse préférée qui répond promptement présente. Je regarde ma chevelure s'étaler sur le sol. Je refuse le miroir pour voir le résultat. Je sais qu'l va me renvoyer l'image d'un nouveau moi.

 Cette semaine,  je suis tombé par hasard sur une photo datant de 2014, photo prise lors d'une randonnée dans les Alpes. J'ai mesuré les dégâts induits par la maladie. Cette image me hante, en trois ans, je suis devenu  méconnaissable. Je suis aussi incapable de refaire cette randonnée, mon physique ne me le permet plus. J'évite généralement de penser au passé, mais là je me suis laissé prendre! En clair vous comprenez que je suis de nouveau en lutte avec mon image, je pensai avoir résolu cela, mais il n'en et rien, une simple photo et tout se réenclenche!

Pour l'instant je ne me sens pas trop mal, hormis une énorme fatigue qui me cloue sur le canapé pour des siestes obligatoires. J'essaye de garder la tête haute, d'envisager parfois la situation avec humour, mais cela ne fonctionne pas toujours. Je suis un peu planqué derrière mon armure de super héros que je ne suis pas. Je ne suis qu'un homme avec ses forces et ses faiblesses qui se bat pour survivre à défaut de vivre pleinement.

Je suis en permanence à jouer avec mes limites physiques, car je ne supporte pas de rester inactif. Mon projet de van avance lentement mais sûrement, j'essaye d'accélérer le mouvement, car j'ai une grande hâte d'en profiter, mais la fatigue est un gros handicap. 

J'ai souvent la sensation de me répéter sur ce blog, mais comment faire autrement quand l'histoire se répète? J'espère simplement ne pas trop vous lasser. En attendant la suite, je vais essayer de me réconcilier avec mon image.