l'humanité est touchée par ce fléau que l'on nomme cancer. Ce mot qui fait peur, mot qui tant que l'on est pas touché, nous essayons de laisser loin de nos pensées. Pourquoi ce nom, Antidote, parce qu'aujourd'hui, je fais partie, de ces hommes et de ces femmes qui réalisent tout ce que cela implique, ce bouleversement majeur de sa vie. Sa vie ... elle ne tient qu'à un fil, l'espoir que la science à les outils qui vont te sauver. Alors Antidote pour essayer pour partager, échanger, se renseigner, exorciser sa peur , espérer... l'écriture pour aider.

6 avr. 2017

Cancer, prostate et psa, voyage dans l'inconnu




Les oncologues sont les seuls qui peuvent répondre aux attentes des malades.  Nous attendons  un dialogue avec un médecin humain, à l'écoute, qui ne soit pas uniquement un gestionnaire de traitements. Malheureusement, la technique, la rentabilité a pris le pas sur l’humain. Chaque rencontre ressemble à un marathon ... et au suivant!

Il est 5:30 et je commence à rédiger cet article. Pourquoi aussi tôt? Frénésie de l'écriture? Non, simplement une mauvaise nuit. Mercredi c'était jour de chimio. Sacré Taxotère, ça ne rigole pas, et comme il est couplé à de la cortisone, le sommeil peut être perturbé. Mais revenons un peu en arrière
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Lundi, il faut se lever, prendre la voiture et faire dix kilomètres pour se faire ponctionner un peu de sang, en vue de la chimio à venir. En prime, il y a aussi les redoutables et redoutés PSA, comme chaque deux mois. Une de mes piqueuses préférées à réalisé cela avec dextérité, se jouant de mes veines récalcitrantes!

Et puis c'est l'attente... la boîte mail est ouvert en permanence ... je guette ... et ils arrivent les résultats! C'est toujours avec le cœur qui bat la chamade que je commence à traduire les données. Pas de surprise pour les tests classiques, c'est juste correct, mais cela passe. Allons-y pour les PSA. Un mois de casodex plus mon injection de décapeptyl, ce doit être bon!

Glups! j'avale ma salive de travers... de 16,10 en février, me voilà avec un joli 52,66 en avril! pour rappel, la norme est inférieur à 4. En clair, rien ne va plus! l'hormonothérapie ne fait elle plus effet? Je suis dépité, en colère, très très contrarié! Que va-t-il se passer maintenant? 

Attendre, toujours attendre ...Mercredi. Je dois rencontrer  mon ange gardien à 15:00 ... Il ne faut pas trop me secouer ce matin, je suis sous pression. Je prépare mes papiers, et mon côté espiègle me pousse à glisser la feuille des PSA en dernier, pour l'effet de surprise ... et je ne vais pas être déçu!

Ce n'est pas ma compagne qui me conduit à Bordeaux, elle profite de quelques jours, avec une amie,  pour se balader à Paris. J'en suis heureux, car elle le mérite bien ce petit moment de détente. Vu les circonstances, elle avait envie d'annuler, mais cela me paraissait inconcevable. C'est donc sa fille, aide-soignante de son état, qui va découvrir un service d'oncologie, puisqu’elle est chargée de m'accompagner.

Et nous voici dans la salle d'attente ... allons-y! Mon ange gardien découvre les premiers résultats, "parfait". Et voici la dernière feuille! Sa réaction m'oblige à réprimer un fou rire. Moi qui le trouve inexpressif, pour le coup il n'a pas réprimé sa surprise! Il lève brutalement la tête vers moi, la bouche ouverte, les yeux ronds semblant me dire " mais qu'est-ce que tu as fait mon gars? Ou est-ce que tu as déconné!" 

La première question a effectivement porté sur la bonne observance du traitement. Je le rassure sur ce point, et enchaîne rapidement sur le pourquoi de cette situation. Et bien, il ne sait pas, il ne comprend pas. Il me dit que parfois cela peut se produire, une brusque augmentation, suivie d'une baisse conséquente. Dois je le croire?

Il décide de me prescrire une écho hépatique et une autre chimio dans quinze jours. Ensuite il avisera. Je crois qu'il gagne un peu de temps pour présenter mon cas en réunion, ne voulant pas prendre de décision à chaud, mais cela n'est que supposition. Le tout a duré moins d'un quart d'heure.

Pour l'instant, ma feuille de route en main, je me dirige vers la salle de shoot. Je suis pris en charge par Pascale, comme la dernière fois. Nous plaisantons autour de la chance qu'elle a d'affronter mon circuit veineux, mais elle va s'en tirer avec tous les honneurs, bingo au premier essai! Pascale, je t'adore!

C'est jour d'affluence. Aucun box de libre. Dix personnes en salle commune. Je suis coincé, au sens propre, entre un homme traité pour un cancer du poumon et autre pour la prostate. Pendant une heure cela ne désemplit pas. C'est la valse du paravent pour protéger du regard les patients lors des manipulations. Et toujours deux infirmières pour gérer cela. Un peu surréaliste, et surtout triste.

Voilà, c'est terminé pour cette fois. Une mauvaise nuit, un lever dominé par des brûlures au niveau de l'œsophage et des douleurs hépatiques... une nouvelle journée commence ... ainsi va la vie avec un cancer qui vous dévore ...

Mais surtout, ne vous apitoyez pas, ce n'est pas le but de ces écrits. Je le vis relativement bien. L'homme a cette faculté de s'adapter, de se protéger et de lutter contre l'adversité.